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Fidel Castro, le « héros des déshérités »

Fidel Castro, le « héros des déshérités » 

Stéphane Fontaine

Le Quotidien de La Réunion

Dimanche 28 novembre 2016 

            Enseignant à l’Université de La Réunion, spécialiste de Cuba, Salim Lamrani revient sur ce qu’a apporté Fidel Castro et sur ce qu’il représente à Cuba et dans d’autres pays. 

            Maître de conférences à l’Université de La Réunion et auteur de dix livres sur Cuba, Salim Lamrani a rencontré deux fois Fidel Castro en 2005 et 2006. Ce docteur ès études ibériques et latino-américaines de l’Université Paris-IV-Sorbonne, journaliste et spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, est considéré par Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde diplomatique, qui a préfacé son dernier livre, comme « le meilleur connaisseur en France des réalités de Cuba ». 

- Il est difficile de résumer en quelques mots ce que représentait un homme d'une telle aura et d'une telle longévité politique, mais quelle image laissera selon vous Fidel Castro chez les Cubains ? 

Salim Lamrani : Fidel Castro restera dans l’Histoire de Cuba comme l’architecte de la souveraineté nationale qui aura fait de son île une nation indépendante et qui aura défendu jusqu’aux ultimes instants de son existence le droit des Cubains à la dignité. Cuba est aujourd’hui un symbole de résistance à l’oppression et un vecteur de l’aspiration des peuples du Sud à l’autodétermination. 

- Quelles sont les réussites politiques de Fidel Castro ? 

SL : En plus d’avoir conquis l’indépendance nationale tant espérée et d’avoir réalisé ainsi le rêve du héros national cubain José Martí, Fidel Castro a mis en place un système social qui est considéré par toutes les grandes institutions internationales comme étant l’exemple à suivre pour les pays du Tiers-monde. En universalisant l’accès à l’éducation, à la santé, à la culture, au sport et aux loisirs, en plaçant l’être humain au centre du projet de société, le leader de la Révolution cubaine a démontré qu’il était possible d’édifier une société plus juste malgré des ressources limitées et l’état de siège économique imposé par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle.

Fidel Castro, en plus d’être un réformateur social, a été un internationaliste solidaire qui a toujours tendu une main fraternelle aux peuples du Sud, notamment aux peuples de l’Afrique australe, l’Angola, la Namibie et l’Afrique du Sud dans leur lutte pour la liberté.

A une époque où le changement climatique est devenu une urgence absolue, Fidel Castro entrera dans l’histoire comme ayant fait de Cuba le seul pays au monde à avoir atteint un développement durable, selon l’organisation de protection de l’environnement Word Wild Fund for Nature (WWF). 

- Où a-t-il échoué, et quelles sont ses parts d'ombre ? 

SL : Cuba a vécu sous la menace constante du puissant voisin étasunien depuis plus d’un demi-siècle. C’est donc dans ce contexte d’hostilité exacerbée que le peuple cubain a mis en place son projet de société, avec de grandes réussites mais également des échecs. Comme dans tout processus révolutionnaire, des erreurs ont été commises à Cuba, qui a traversé des périodes plus sombres, notamment dans les années 1970, où des intellectuels ont été victimes d’ostracisme. 

- Ils avaient peu ou prou le même âge, dirigeaient chacun un parti communiste sur une île, s'étaient rencontrés et sont morts à quelques jours d'intervalle. Au-delà de ces points communs, quel parallèle peut-on faire entre Fidel Castro et Paul Vergès et où s'arrête la comparaison ? 

SL : Fidel Castro et Paul Vergès ont tous deux été de grands défenseurs de la dignité de leur peuple, de leur identité et de leur culture. Ils ont tous deux choisi de revendiquer le droit des humbles à une vie meilleure. Ils ont deux tous exprimé une solidarité sans failles vis-à-vis des peuples luttant pour leur émancipation. Ils ont tous deux contribué à l’édification d’une société moins injuste en défendant l’idée généreuse d’une meilleure répartition des richesses. 

- Cuba a entamé, depuis le retrait de Fidel Castro du pouvoir, un rapprochement avec les Etats-Unis. Quelles sont les pistes d'évolution du pays, dans ses relations avec le grand voisin américain et le reste du monde maintenant que le «Lider Maximo» n'est plus ?

SL : La disparition de Fidel Castro n’aura pas de grande influence sur l’évolution des relations entre Cuba et les Etats-Unis car le leader de la Révolution cubaine s’était définitivement retiré de la vie politique depuis 2008. 

- Raul Castro, qui est aussi âgé, a-t-il les moyens et la stature pour succéder durablement à son frère ? 

SL : Raúl Castro a été élu à la Présidence de la République en 2008 et réélu en 2013, après un intérim de deux ans suite à la maladie de Fidel Castro en 2006. Le mandat de Raúl Castro s’achèvera en 2018 et il a annoncé à maintes reprises qu’il ne se représenterait pas. Cuba aura donc un nouveau Président en 2018. 

- Après près de soixante ans de règne d'un seul homme puis de son frère, peut-on envisager des élections à Cuba? 

SL : Contrairement à une idée reçue, Cuba a connu pas moins de quatre Présidents de la République depuis 1959 : Manuel Urrutia de janvier 1959 à juillet 1959, Osvaldo Dorticós de juillet 1959 à 1975, Fidel Castro de décembre 1975 à 2006 et Raúl Castro depuis 2006, dont la présidence s’achèvera en 2018 suite à la réforme constitutionnelle limitant le nombre de mandats à deux. Il convient de rappeler que des élections municipales, provinciales, législatives et présidentielles ont lieu à Cuba tous les cinq ans depuis 1976. 

- Quelles figures montantes peuvent incarner l'avenir dans la classe politique cubaine ? 

SL : Miguel Díaz-Canel, homme politique né en 1960, donc après le triomphe de la Révolution, est l’actuel Vice-président de la République. Il devrait être le principal candidat à la succession de Raúl Castro mais ce sera aux Cubains d’en décider.

 

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